Bon ça suffit, ça fait des mois que je me retiens de me prononcer sur ce sujet, mais là ça m’énerve.
La réforme de l’audiovisuel public, aussi appelée suppression de la publicité sur la télévision (et la radio) publique ou encore, prise de contrôle des chaînes étatiques par le pouvoir en place, me gonfle profondément.
Je ne vais pas expliquer, ce que d’autres ont fait mieux que moi, en quoi je trouve cette réforme :
1. Inutile voire contre-productive dans ses buts avoués
2. Hypocrite et insupportable dans ses buts cachés
Mais la dernière interview de la ministre de la culture me parait quand même remarquable, même si ce n’est qu’une goutte d’eau dans le vase déjà plein de mon exaspération.
(source : lemonde.fr)
(l’interview dans le Journal du dimanche)
On apprend que le nouveau cahier des charges interdit la diffusion d’émissions de télé-réalité sur France Télévisions. Et ça m’énerve, l’interdiction d’une émission ou d’un type d’émission est, euphémisons gaiement, très éloignée de l’idée que je me fais d’une télévision “indépendante”.
De plus, peu après, Madame Albanel affirme sans rire, ce qui tient de la gageure en l’espèce, qu’il faut “avoir les moyens et l’imagination de créer des émissions qui ont marqué leur temps par leur nouveauté et leur impertinence. Aujourd’hui, c’est aussi le cas avec des programmes comme Plus belle la vie.” tout en refusant de prendre la BBC comme exemple (coupable d’abus de real-TV).
Plus Belle la Vie, marqueur de nouveauté et d’impertinence ?
Remontons le temps un instant. Ma dernière visite en Angleterre remonte à plus de cinq ans. Lors de ce séjour estival, ma homemother m’avait initié à son feuilleton préféré. Bonne âme, j’avais regardé quelques épisodes (insipides à mon goût mais là n’est pas le débat) avec elle de ce monument de la télé anglo-saxonne qu’est Coronation Street. Depuis 48 ans (!), ce soap-opera comble la ménagère anglaise de moins de cinquante ans d’intrigues alambiquées au réalisme douteux ayant toutes pour cadre la rue principale d’une petite ville fictive de la banlieue de Manchester et pour protagonistes, ses habitants. Diffusé quotidiennement, chaque épisode dure 22 minutes.
Lisons maintenant la présentation de Plus Belle la Vie que donne Wikipédia :
Plus belle la vie met en scène le quotidien des habitants d’un quartier imaginaire de Marseille : le Mistral.
Diffusé quotidiennement, chaque épisode dure 23 minutes.
Rien à voir, bien sûr. Pardon ? Le soap-opera est une des formes d’émissions les plus anciennes dans l’histoire de la télévision et ne saurait être présenté sans mauvaise foi comme une nouveauté ? Nooon (troisième paragraphe…)
Passons, si vous le voulez bien au substantif “impertinence”. Le Littré vous apprendra que l’impertinence est “le caractère” de ce qui “choque par la déraison ou par l’inconvenance”. La seule chose de déraisonnable dans le feuilleton dont il est question c’est le peu de policiers qui patrouillent dans ce quartier de Marseille, eu égard au nombre de meurtre qu’il s’y commet quotidiennement. Quand à y trouver quelque chose d’inconvenant, excepté son audience élevée…
En revanche, en 2001, il me semble, au vu de la controverse qu’elle a suscité, que l’arrivée de la première émission de télé-réalité en France a, sans aucun doute, “marqué son temps par sa nouveauté et son impertinence”, mais je m’égare.
(Sinon la BBC, en plus de produire d’horribles émissions de télé-poubelle qui ferait rougir les chastes dirigeants des télévisions françaises, publiques et privées confondues, a aussi comme spécialité les adaptations littéraires de tout style (d’ailleurs si quelqu’un sait ou je peux trouver la dernière, ça m’intéresse) ainsi que les séries originales (mais là je laisse Miya vous en parler), deux domaines ou les dirigeants français peuvent rougir… de honte)

