Miscellanées de ma vie parisienne

“On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a envie de dire quelque chose” E.M Cioran

Universités, grèves et réformes (Partie 1) mai 11, 2009

Classé dans : Uncategorized — Layla @ 8:53

J’imagine que vous attendiez tous avec une impatience fébrile mon analyse docte et posée de la grève qui paralyse les universités françaises depuis trois mois, à tel point que le Temps se fend même d’un article (d’un niveau bien en deça de celui que je vais vous proposer, qui a l’avantage d’adopter mon point de vue concerné et détaché à la fois (si je ne me jette pas de fleurs, qui le fera ?)) sur le sujet.

Les réformes

Le coeur du problème, la contestation est née de la présentation de deux projets, non pas de loi, mais de décret, ce qui signifie qu’ils ne sont pas débattus à l’Assemblée Nationale et au Sénat, mais uniquement, dans le cas qui nous concerne, adopté par le Conseil des Ministres et le Conseil d’Etat (la plus haute juridiction administrative, si je comprends bien). Ces deux décrets sont
- La “masterisation” des concours de l’enseignement
- La réforme du statut des enseignants-chercheurs

La “masterisation” des concours de l’enseignement

La formation avant/après

Jusqu’à aujourd’hui pour devenir prof au niveau du collège et du lycée, il faut passer un concours, le CAPES (pour Certificat d’Aptitude de Professeur des Ecoles Supérieures) ou CAPET (T pour Technique, dans le cas d’un enseignement technique donc).
Il peut aussi passer l’Agrégation qui est un concours d’un autre niveau, qui permet également d’enseigner à l’université mais je n’en parle pas ici, tout simplement parce que ce concours n’est pas concerné par la réforme.

Pour passer le CAPES, il faut être titulaire d’une licence (bachelor) en trois ans (180 ects). En général, après cette licence, le candidat intègre un IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) qui pendant une année le prépare au concours, qu’il passe en juin, à travers des enseignements à la fois professionnalisants et pédagogiques. La deuxième année de formation, sous réserve de réussite au concours, est réservée à un stage rémunéré (288h) et à des activités de formation (2 jours par semaine). Le CAPES est décerné une fois le stage validé.
À noter qu’il est aussi possible de passer le concours sans préparation officielle, en candidat libre.
La réforme prévoit de changer ce système. La licence ne serait plus suffisante pour passer le CAPES, il faudrait désormais un master. La formation se passerait comme ceci. Après la licence, le candidat s’inscrirait en M1 (première année de Master), il serait tenu de réussir cette année, de passer en M2 et à ce moment de s’inscrire au concours. La délivrance du CAPES serait conditionné par la réussite au concours, la réussite du Master (et donc du mémoire y étant attaché) et un stage durant le deuxième semestre du M2.

Les oppositions

Les opposants à cette réforme dénoncent le fait qu’elle met directement en charge de classe des professeurs qui n’auront eu comme seule formation pratique qu’un stage de quelques semaines. C’est à mon avis la critique la plus pertinente et la plus juste de cette formation.

Les opposants soulignent aussi la collision à la fin du M2, des examens de Master, du mémoire à rédiger et du concours. J’acquiesce mais constate qu’il s’agit seulement d’une question, certes gênante, de calendrier. Ce dernier me paraît en l’espèce en mesure d’être révisé. Dans le cas où le concours n’interviendrait plus après une année spécifique de préparation, il devrait, de mon point de vue, pouvoir être avancé.

Un des derniers reproches que j’ai lu est que ce nouveau système rallongerait la durée des études et occasionnerait des frais supplémentaires notables pour les élèves concernés. Dans l’absolu, la durée effective de la formation reste inchangée mais l’année de stage rémunérée tombant, les frais s’accroissent quand les revenus reculent.
Disons-le tout net, je ne pense pas que cette objection, quoique réelle, puisse entrer en considération dans l’examen du décret. Le problème très concret des ressources nécessaires aux étudiants pour leurs études doit être résolu par tous les moyens envisageables (bourses, emplois jeunes, logements étudiants) exceptés ceux qui agiraient directement sur la qualité de leur formation.

Commentaires

Une des raisons qui, de l’avis général, a motivé cette réforme est d’ordre pécuniaire. Les IUFM sont des structures couteuses, mobilisant d’autres ressources que les universités, et l’année de stage est à la charge de l’Etat. Le nouveau décret permettrait donc au ministère de l’Education Nationale d’économiser les rémunérations des 5000 stagiaires et au ministère de l’Enseignement Supérieur, une partie des frais de fonctionnement des IUFM, les universités prenant en charge les masters, une structure étant moins coûteuse que deux.

La question qui se posait était la nature de ces masters (labellisés “enseignements”) supposés prépares les étudiants au CAPES. Le ministère avait demandé aux universités d’y travailler et de leur soumettre des maquettes, ce que les enseignants, se mettant en grève, ont bien sûr refusé de faire, ce qui pose des problèmes très concrets pour les élèves envisageant d’être candidats dans un futur proche (2010-2011).

Un autre point de vue

Si les français se plaignent de la longueur de leur formation d’enseignant du supérieur, il n’est pas inintéressant de regarder ce qui se fait ailleurs, et en premier lieu, à Genève. Tout commence par un bachelor (=licence de 180 crédits) et l’obligation d’être inscrit à un master et d’avoir déjà validé 45 crédits (un ou deux semestres donc ?) À partir de là, l’élève peut effectuer un Certificat Complémentaire en didactique de la discipline et sciences de l’éducation (CC) comprenant des cours et un stage de 20h (en parallèle de son master, si j’ai bien compris). Une fois le master et le CC obtenus, le candidat doit (peut ?) encore s’inscrire à la Maitrise universitaire d’études Avancées en enseignement Secondaire (MAS), formation théorique et pratique en un an (60 crédits). Total, 6 ans, minimum.

comparaison des trois formations

Comparaison des trois formations

J’ai bien conscience de la laideur terrifiante et du manque de légende de ce schéma fait en cinq minutes avec apple works et je prie le sens esthétique surdéveloppé de mes lecteurs de me pardonner. En haut, la France maintenant, au milieu, la France du Futur, en bas, la Suisse (Genève tout du moins).

La réforme du statut des enseignants-chercheurs

Je n’ai pas trouvé de renseignements aussi clairs concernant ce décret que pour le précédent. Vous excuserez (encore) donc mon analyse plus rapide de celui-ci. Les enseignants-chercheurs partagent leur temps de travail, comme leur nom l’indique, entre l’enseignement (192 h de cours in praesentia, les examens et les corrections) et la recherche (articles, colloques, conférences, publication). Avec la réforme, les profs dont les recherches auront été jugées insuffisantes (par qui ? sur quels critères ? Aucune idée) devront assurer plus d’heures de cours.

Il y a aussi un sombre changement dans le mode d’évaluation prévu tout au long de la carrière de ces enseignants mais je n’ai pu en savoir plus.

Deux réflexions me sont venues.

- Comment évalue-t-on les profs et leurs recherches ? (spécialement en sciences humaines).

- Pourquoi ceux-ci dénoncent-ils cette réforme au pretexte qu’elle présente l’enseignement comme une punition si ça n’en est pas une ? En d’autres termes, pourquoi se plaignent-ils de peut être devoir enseigner plus si ça ne les dérange pas ?

Je reste perplexe.

(La suite bientôt, si ça vous intéresse)

 

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